Baudelaire à écrit :
"Tout adolescent éprouve l'impression grisante de quitter les plats rivages de l'enseignement scolaire pour s'embarquer sur la mer déchainée des grands sentiments et des
grands problèmes. L'océan des passions, le secret de la vie, la signification de la mort, la jonction du corps et de l'âme, Dieu, la nature, la morale, la justice, autant de questions qui
enfièvrent subitement les jeunes cerveaux."
Mon adolescence a été telle. Je me suis jetée corps et âme dans une mer déchainée de grands problèmes métaphysiques...mais si peu dans les
sentiments.
L'océan des passions, je n'ai pas vraiment connu en étant adolescente. j'étais plus animée par mon amour des lettres, de la poésie et du latin que par les attributs de la gente
masculine.
Ado réservée, hyper timide, mal dans sa peau, je n'ai pas connu les pseudo amours d'ado de mes copines de classe.
Mes préoccupations étaient plutôt ailleurs, ce n'était pas en soi de la prétention, mais je trouvais assez puéril ces coups de coeur ou plutôt coups d'hormones de mes copines !
Aussi, je me souviens m'être considérée à l'époque "anormale". Anormale dans la mesure où je ne parvenais pas à tomber amoureuse. Aujourd'hui je puis dire que la première personne dont je suis
tombée réellement amoureuse a été mon mari à 18 ans.
Je dis réellement parce que en revanche j'étais championne des relations stériles... entendez par là les amours platoniques, les amours impossibles : ainsi, je suis tombée "amoureuse" d'un jeune
homme, Christophe, et je l'ai aimé secrètement pendant toute ma scolarité au collège. Je n'ai pas toujours été expansive et démonstrative dans mes sentiments; à l'époque le simple fait d'avouer
mes sentiments me suffisait à ne plus aimer... je m'explique ; je pense que j'étais dans le besoin de "possession" une fois que je savais l'autre acquis je ne le désirais plus.
j'avais rencontré un charmant jeune homme, Sylvain, sportif, attentionné et amoureux. Mes amies disaient de lui qu'il était mignon, gentil...certes mais il était acquis, de ce fait "je n'en
voulais plus". Ce comportement a perduré assez longtemps.
ce besoin de posséder... aujourd'hui je me sens plus dans le besoin de partager. Je sais qu'il est impossible et très dangereux de vouloir posséder une personne et en aucun cas je ne voudrais
qu'un homme me considère acquise.
J'ai beaucoup souffert donc de ces relations stériles puisqu'en quelque sorte elle poussaient à la vénération secrète de l'autre. L'idéalisation d'un inconnu est si romanesque, si
troublant...le quotidien était à côté de ce rêve si terre à terre. je pense que c'est la raison de ces amours stériles, de ces coups de coeur secrets.
L'officialisation d'une relation n'était pour moi pas un aboutissement en soi.
Et puis j'ai rencontré l'amour, pour la première fois donc, mon mari.
